Arctic Monkeys - Humbug
Par Valentin • 25 août, 2009 • Catégorie: MusiqueJetons donc un oeil sur un des albums les plus attendus de l’année : le troisième album des stars anglaises de Sheffield, les Arctic Monkeys. Ne nous mentons pas, cette critique a été réalisée en 3 jours par échange d’inbox entre Alexis et moi-même. Au lendemain de la sortie de cet opus, nous nous sommes dis qu’il serait bête de ne pas partager cela avec vous étant donné que nos impressions sont assez étoffées.

A : Humbug, 3ème opus donc, et je me souviens d’Anton Newcomb "S’ils en sortent 10, j’me les mords", Anton faut commencer à baisser son calbut et se tâter le paquet. Humbug donc, annoncé comme complètement différent des deux précédents, patte de Josh Homme oblige, et déjà même exécuté par les fans à cause de cela. Bien. Je ne suis pas là pour polémiquer. Mais je ne suis pas d’accord. Petite vision personnelle de l’histoire des singes de l’Arctique. En 2005-2006, des petites frappes nord-anglaises affolent myspace, les charts puis l’Europe avec un rock tout en variation rythmique comptant le quotidien de la caille moyenne anglaise, entre beuverie au pub et p’tits coup de putes entre amis, entre blagues potaches et débordements qui ne sont jamais loin. Cette album est une photo de ce qu’étaient les Arctic Monkeys à l’époque, petits malins vite timides dès que les projecteurs sont braqués sur eux.
2007 les singes reviennent. FWN est d’abord acclamé par la critique mais se fait quand même revoir à la longue, certains reprochant un son devenu trop léché, et une évolution vers un style moins bordélique que le premier album, bref une critique très conne, on leur reproche la maîtrise. Mais ce n’est pas ce qui rend les Monkeys plus intéressant et d’ailleurs cette évolution là n’en est pas tellement une. En effet messieurs, dames, je vous invite à regarder l’image du groupe et les textes. La pochette de FWN représente un bloc (la téci) noir, ou gris sombre, dans une nuit, avec seulement trois tâches colorées qui viennent des fenêtres ouvertes. Et il en est ainsi sur tout l’artwork de l’album: dans les fenêtres, vitrines, ce sont que dis-je des tâches, des explosions de couleurs qui s’affichent, de graffitis en arabesques. Le groupe s’habille en clown pour le clip de Fluorescent Adolescent, joue à la balançoire dans Teddy Picker. Il se passe un truc. L’album parallèlement semble plus tendu. Ce qui a fait la force des Monkeys, les Monkeys semblent vouloir le rejeter. On en parle plus sur le ton de la déconne, non ce quotidien foireux devient burlesque. Avec un rictus gêné.
Arctic Monkeys - Crying Lightning
V : Totalement d’accord avec ton impression sur le premier album ; moins sur celle du deuxième qui m’a laissé à l’époque une sensation d’inachevé. Il me paraissait être seulement une seconde partie de leur premier opus, les Monkeys semblant avoir évolué uniquement quant aux thèmes abordés, c’est-à-dire leur gloire nouvellement acquise. Pourtant, on sent déjà le désir d’avancer, de sortir de leur carcan "bordélique" comme tu dis, surtout avec les titres 505 ou Only Ones You Know.
Arctic Monkeys - Dangerous Animals
A : 2009, Humbug. My Propeller, Crying Lightning, Pretty Visitors: Le burlesque est devenu rage, horreur. Sur la pochette le groupe ne se farde plus, l’album devient un cirque ou un parc d’attraction ou le loisir dégénère, où Turner, tenancier des lieux s’amuse de nous, torture, crache, éructe, insulte, vomi ou susurre son horreur. Les raisons, on peut les chercher dans la scolaire mais magnifique Cornestone, dans la sublime fin de Secret Door, quelque chose en tout cas s’est passé pour que l’attraction se mue en horreur, un risque est à prendre. On ne tirera rien de Potion Approaching. Il faut alors chercher la confession nocturne dans Fire and the thud, mais alors qu’on pense savoir, déjà la fin de la chanson devient angoissante. Reste à sortir, par la grande porte: The Jeweller’s Hand. Nous sommes en vie. Pour combien de temps encore? Cela dépend d’eux. Ils finiront par nous dire combien nous sommes atroces avec nos vies de suspens administratif, de job abrutissant, de loisirs navrants.
Arctic Monkeys - Potion Approaching
V : Pour moi, Humbug suit tout à fait les évolutions qu’a pu connaître Alex Turner. Il est certes un peu triste qu’il soit littérallement le leader du groupe et que les autres membres ne semblent pas avoir leur mot à dire mais son impulsion est bénéfique. L’homme a mûri, sa voix est plus charmeuse, sensuelle et hypnotique que jamais. Sa façon de prononcer certaines syllabes ou le ton profond qu’il emploie tout au long du disque captive et s’inscrit parfaitement dans l’ambiance générale dégagée par le disque. Les impressions laissées par la musique elle-même se résument assez vite : carnivalesque, un cirque maudit angoissant comme tu l’expliques bien plus magistralement que moi. Un mot me vient également à l’esprit : languissant. On sentirait presque la chaleur et la peur désertique peser sur nos épaules. L’atmosphère régnante est dense et glauque.
Le plus impressionant pour moi est l’avancée ahurissante réalisée au niveau des compositions. Les riffs de guitare sont assourdissants et leurs montées acides sont voltigineuses. La batterie surprend en permanence. Il y a des changements de rythmes et de mélodies dans pratiquement chaque chanson et ne serait-ce que pour la maitrise technique et l’ambiance psyché, ce disque mérite d’être loué.
Certes, Humbug ressemble à un nouveau side-project de Turner. Il suffit de le remplacer au chant et personne n’aurait été capable de deviner qui se cachait derrière ce tourbillon sonore. Je pense cependant qu’un troisième volume dans la lignée des deux précédents aurait lassé tout le monde. Ce disque allait de toute façon être critiqué, quelque soit la direction prise par le groupe.
Arctic Monkeys - Pretty Visitors
A : Pour moi, au final, Humbug est bon, quoique que connaissant quelques maladresses. Un gros disque, un peu grand aussi.
Arctic Monkeys - Secret Door
V : Certes, je ne peux nier que certaines chansons sont plus faibles que d’autres et que le disque est loin d’être parfait. Mais moi, je ne m’en lasse pas. C’est un disque complexe, décisif, original, hantant et courageux. Et je pense qu’il suffit d’arrêter de se focaliser sur le nom ARCTIC MONKEYS pour le réaliser.
Arctic Monkeys - Secret Door - BBC Radio 1 Live
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